« Je passe mon temps à m’excuser ! »

Valérie Josselin pour Femme Actuelle

Pourquoi certaines personnes s’excusent-elles pour tout, pour rien ? Comment expliquer ce zèle de politesse ? Comment y remédier ?

• Les gens qui passent leur temps à s’excuser manquent-ils systématiquement de confiance en eux ? Leur identité est-elle si fragile ?

-> Oui, la plupart des personnes qui s’excusent tout le temps souffrent d’une très mauvaise estime d’elles-mêmes. Leur identité est fragile. Elles se croient sans valeur. Elles ne savent pas qui elles sont vraiment, croient dépendre entièrement des autres et de leur bon vouloir. Elles se définissent en fonction de ce que les autres vont croire ou dire d’elles. Cela les rend particulièrement vulnérables à la critique. Elles ont très souvent peur de mal faire.

Quelle serait l’origine ? Le fruit de l’éducation (trop autoritaire ou au contraire trop laxiste, qui ne permet pas à l’enfant de s’apprécier à sa juste mesure ? Le besoin d’une approbation extérieure ?

-> Ces deux explications sont possibles, parmi d’autres, car le même, trouble découle d’origine très différentes d’une personne à l’autre. Le plus souvent, indéniablement, ce manque de confiance en soi vient de l’enfance ou de l’adolescence. Un enfant respecté, écouté et encouragé pendant de longues années par ses parents rencontrera rarement ce type de difficulté…

• Un rempart contre une timidité excessive ? Une parade pour ne pas se livrer, ne pas affronter le conflit ?

-> Oui, fréquemment, la peur du conflit ou la peur de s’exposer vont faire préférer des excuses plates voire peu motivées, mais dont le seul but est d’empêcher la confrontation ou d’éviter de se faire trop remarquer. Cette attitude ne favorise pas la croissance de la relation dans la clarté.

Sentiment de culpabilité vis-à-vis d’une expérience passée ?

-> Dans une relation, une personne peut avoir un défaut qui se manifeste de façon répétitive (négligence, irritabilité, indifférence, ou par exemple prise d’alcool). Elle sait que l’autre n’apprécie pas ce défaut et risque de le lui reprocher. Elle s’excuse donc par anticipation pour prévenir le reproche.

• L’excuse est-elle le symptôme d’un mauvais rapport à l’autre ?

-> Les excuses systématiques et injustifiées sont effectivement le signe d’une mauvaise confiance en l’autre et d’une façon peu impliquée d’être dans la relation. Encore une fois, il s’agit d’une sorte d’évitement qui empêche de s’engager dans un lien profond et une démarche constructive, qui nécessitent d’accepter les confrontations et les conflits pour les dépasser en conscience.

• Quelle différence peut-on faire entre des excuses de type « névrotique » et des excuses constructives ?

-> L’excuse automatique n’est pas réellement motivée, elle n’est pas profonde et sincère. Elle correspond à un mécanisme de défense, une protection contre ce qui fait difficulté dans la relation à l’autre, mais surtout dans la relation à la réalité. Elle consiste en une sorte de fuite du réel et du lien humain. L’excuse constructive est sincère, motivée, respectueuse : elle exprime la reconnaissance d’une culpabilité réelle (faute, erreur, maladresse) et le désir de surmonter le malaise ou la blessure qu’une attitude injuste a pu générer.

• Dans le premier cas, quel travail entreprendre pour surmonter ce handicap ? Quels comportements, modes de réflexion mettre en place (tout seul ?) pour sortir de ce schème qui nous dessert ?

-> Il est bien difficile de se soigner tout seul : nous avons besoin d’une aide extérieure, notamment celle d’un professionnel compétent. Néanmoins, dans un premier temps, il est possible de choisir de fuir de moins en moins les situations de conflit ou de désaccord, et de s’efforcer à prendre position et à s’affirmer, y compris dans ce qui risque de déplaire à notre entourage.

Et ceux qui ne s’excusent jamais ?

-> Une personne qui ne s’excuse jamais se croit seule au monde ou au centre du monde. Elle est comme le tyran d’un petit royaume qui exige une obéissance absolue à tous ses commandements. Son bon plaisir est le baromètre de son existence et les autres doivent s’y conformer, c’est-à-dire s’y soumettre. Une telle personne attend donc que ce soient les autres qui s’excusent lorsqu’ils l’ont déçu ou dérangé, ou même seulement déplu. Les personnes qui ne veulent jamais s’excuser ne sont pas respectueuses d’autrui et s’en servent comme s’ils étaient des faire-valoir ou des instruments à leur entière disposition. Elles se situent dans le registre de la perversion…

Réponses de Saverio Tomasella, psychanalyste, auteur de "Oser s'aimer", Eyrolles, 2008.